Présentation

Lundi 2 octobre 2006 1 02 /10 /2006 11:08

En dehors des politiques de l’oubli et du pardon, puis, du souvenir et du pardon, le gouvernement s’est lancé dans la création de politiques de mixité concrêtes. Un exemple en seraient les groupes de discussion, animés par des éducateurs spécialisés entiérement financés par l’Etat et dans lesquels les parents protestants et catholiques pouvaient envoyer leurs enfants pendant deux jours ou une semaine. A. raconte :

 

« C’était comme une sorte de colonie, mes parents m’y ont inscrit plusieurs fois. Il devait toujours y avoir un nombre égal de catholiques et de protestants… Et puis, ben, je me rappelle pas de tout, mais en fait, on déterminait des sujets relatifs au conflit comme : la religion par exemple, ou les attentats… et puis on discutait pendant des heures. Chacun exposait son point de vue, on devait respecter la parole des autres… Il y en avait parmi nous qui n’avait jamais parlé avec des protestants, moi j’en connaissais déjà, il y en avait dans ma ville tu vois, on jouait au billard des trucs comme ça… Donc je savais déjà un peu comment ils pensent tout ça… Mais ça durait des jours et des jours ces discussions… En fait ça ne finissait jamais tu vois. "

 

           Mais comment peut-on techniquement instaurer la mixité ethnique ? En effet, on peut penser qu’il est difficle de forcer les populations à vivre ensemble si elles ne le souhaitent pas. Le gouvernement a donc essayé de palier à ce manque d’enthousiasme en favorisant largement les personnes faisant un pas vers le mélange ethnique. Les personnes souhaitant s’installer dans des quartiers « mixtes » reçoivent des aides financières. Il y a aussi le projet d’intégrer le degré de contact interethnique, comme élément favorable, au curriculum scolaire, et par là même, au curriculum vitae.[1] D’autres mesures sont prises comme la tentative de détruire les éléments les plus ostentatoires de l’appartenance sectaire et ceux qui sont vus comme un appel à la haine sectaire. Le policier B. (protestant, homme) explique :

« Ecoute, à Ballymena, il y a eu 5 attaques sectaires en à peine trois mois… Et un meurtre, un protestant a été poignardé[2]. Il y a aussi eu des cocktails molotovs lancés sur des écoles, des églises et d’autres endroits… Je veux dire, ça bouillone carrément là-bas…[…] Pour améliorer la situation ? Et bien, oui, comme par exemple, ils ont demandé aux prêtres de parler aux gens de leur paroisse pour qu’ils arrêtent… On a aussi commencé à enlever les peintures bleu, blanc, rouge des trottoirs de Harryville et aussi certaines peintures murales… En fait, tout ça c’est pour améliorer les relations tu vois… Mais le truc, c’est que les peintures, ils vont les refaire, j’en suis sûr… Et puis, peut-être que c’est encore plus dangereux de les enlever ! […] ben parce que tu vois, en fait, c’est comme des paneaux « attention danger » ! Comme ça, tu sais où tu peux marcher, tu vois ce que je veux dire ? Je veux dire, de toute façon, ça ne s’arrangera pas du jour au lendemain… Si il n’y a plus les peintures, ils trouveront autre chose pour délimiter leur territoire… Je veux dire, Tony Blair, il me fait rigoler, il faudrait qu’il vienne voir un peu du côté de Belfast ou de Ballymena comment ça se passe et on reparlera alors de sa politique de « il faut tous se donner la main et chanter ensemble ! » Je te jure, c’est une blague son plan »

           On voit que B. dans sa pratique de terrain, aux « premières loges » des tensions sectaires se situe dans une logique de l’urgence. En effet, pour lui les peintures murales et celles qui se trouvent au sol ainsi que les murs de séparation entre certaines communautés sont nécessaires pour éviter un mélange ethnique qui s’avére trop souvent être « explosif ». Il regrette le manque d’adéquation entre les politques publiques et la réalité à laquelle il fait face chaque jour.



[1] DUNN Seamus, 2000, « L’éducation dans une société divisée : le cas de l’Irlande du Nord. » Chapitre 6, in M. Mc ANDREW,  F. GAGNON, «  Relations ethniques et éducation dans les sociétés divisées », Paris, Montréal : p 118.

 

 

 

 

 

 

 

[2] Depuis, les attaques ont continué dans ce quartier, s’enchaînant, jusqu’au décés le 8 mai 2006, de l’adolescent M. McIlveen.

Par Julie - Publié dans : Anthropologie du conflit nord-irlandais
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