
a) En regard du communautarisme britannique
Comme on l’a vu plus haut, les politiques gouvernementales en Irlande du Nord à partir des années 1970 tendaient vers une séparation des communautés, à la fois géographique avec la construction des « peace lines », et morale, avec l’acceptation d’une incompatibilité à la fois : politique, sociale et culturelle entre les deux communautés. En dehors de l’urgence même du conflit (évoqué plus haut) cela correspond aussi à l’idéal du systéme britannique qui conçoit l’identité nationale comme multiple. Il s’agit d’un Royaume Uni, constitué de quatre provinces plus ou moins autonomes et à l’intérieur duquel on conjugue deux identités, celle de la province à laquelle on appartient, et l’identité britannique.
Dans son article, John Crowley[1] analyse la portée symbolique et politique du sport professionnel. Il explique qu’ « au-delà de l’affrontement à certains égards factice entre peuples, le soutien commun à une équipe nationale est l’une des rares manifestations tangibles et concrètes d’une solidarité qui dépasse les distinctions géographiques et sociales. » L’Etat britannique coïncide avec une nation juridico-politique à laquelle on appartient comme citoyen britannique, à laquelle on peut même être rattaché –intellectuellement mais aussi sentimentalement- par le biais d’institutions communes comme le Parlement, le droit ou une certaine conception de la liberté. Mais appartenir à une nation, c’est également une relation affective, symbolique, culturelle à une histoire, un mode de vie, une langue. Or de ce point de vue - et l’Irlande du nord en est l’exemple le plus frappant de par sa situation conflictuelle exceptionnelle - aucune nation britannique n’existe. J.Crowley en déduit que « son passé impérial a doté le Royaume-Uni d’une conception originale de la citoyenneté qui attache à des statuts différents ses principales composantes institutionnelles. La représentation sportive est un révélateur du peu d’attachement identitaire à l’égard du Royaume-Uni au profit de ses nations constitutives, et des nombreuses cassures et reliefs qui parcourent les deux îles à l’histoire belliqueuse ».
East Belfast peinture murale représentant George Best le fameux footballer qui réunit les Nords-Irlandais autour d'un match de football.
La politique britannique face au conflit nord-irlandais a donc dans un premier temps tendu vers cet idéal communautaire, qui s’avére aujourd’hui avoir été un échec. De nombreux travaux de recherche ont été menés, à la demande de ce même gouvernement, afin de comprendre les raisons de cet échec. La majorité des études ont conduit à la conclusion que le conflit nord-irlandais était principalement dû à cette séparation communautaire qui avait conduit à un durcicement de la haine sectaire et des positions politiques diamétralement opposées. L’idée générale qui ressort de ces analyses et que l’on retrouve dans l’opinion « publique », est que si le conflit existe et perdure en Irlande du nord, c’est que les catholiques et les protestants ne se connaissent pas, et que s’ils en sont réguliérement venus aux mains c’est qu’ils sont aveuglés, inconscients de la réalité sociale de leur propre pays. Pour palier à cela, le gouvernement britannique a donc basé le processus de paix sur des politiques dites de « mixité » et d’information qui seraient le nouveau césame de la réconciliation sociale.
[1] CROWLEY John, 1995, « État, identité nationale et ethnicité au Royaume-Uni », Anthropologie et Sociétés, volume 19, n°3 : 53-69.
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