
a) Dénoncer les pratiques terroristes publiquement
Il arrive cependant que cette loi du silence soit brisée, et cela permet de mettre encore mieux en relief celui-ci et comment il est un instrument d’une très haute importance dans le conflit nord-irlandais. Un exemple récent pourra illustrer cet argument. Dans la nuit du 30 au 31 janvier 2005, le nord-irlandais catholique Robert McCartney a été assassiné par des membres de l’IRA à sa sortie d’un pub républicain. Cela aurait pu être un règlement de compte comme il s’en produit souvent en Irlande du nord et qui sont presque toujours tus. Seulement les cinq sœurs et la femme de Robert Mc Cartney ne l’entendaient pas de cette oreille et se sont lancées dans une quête bruyante afin d’obtenir justice pour leur frére et époux. Elles ont alors alerté les médias pour dire haut et fort que leur frére avait été « tué par l’IRA » et visaient à travers cela le Sinn Fein, la vitrine politique de l’IRA. Elles sont allées à la télévision, à la radio, ont donné des interviews… Elles ont été invitées à la maison blanche par George Bush pour la St Patrick. Le président américain a dans un discours rapide condamné les pratiques de l’IRA. A partir de ce moment, établir la justice autour du meurtre de Robert McCartney est alors devenu un nouveau symbole de la lutte anti-terroriste en Irlande du nord. Elles n’ont cessé de réclamer justice. Un mot qui fait débat en Irlande du nord compte tenu des amnestys et autres immunités accordées par le gouvernement britannique dans le but justement de consolider le processus de paix. Réclamer justice est peut-être l’un des premiers pas vers la réconcialiation, dire tout haut les violences subies a déjà une valeur curative.
b) Revendication publique de ses pratiques par l’IRA
A la suite du tapage médiatique produit par les sœurs Mc Cartney, s’est produit un événement sans précédent qui a secoué l’Irlande et la Grande Bretagne entière. L’IRA a à son tour brisé le silence en publiant un long communiqué dans lequel l’organisation terroriste livrait sa version détaillée de la nuit du 30 janvier. Mais surtout, elle y indiquait comment la famille s’est vue offrir par l’IRA que les auteurs soient liquidés à défaut d’un procés devant une cour de justice. Pratiques qui bien qu’étant subies et connues de tous n’avaient jamais été aussi clairement énoncées dans une déclaration publique. L’organisation souhaitait à travers cette déclaration rétablir sa réputation de « justice », appliquée à leur manière. Si l’information nous paraît plutôt accusatrice, c’est à dire, mettant l’organisation dans une mauvaise posture, il ne faut pas s’y tromper. Pour certains irlandais, cette déclaration a été perçue comme un message fort qui visait à rétablir la puissance de l’IRA dans sa lutte et dans ses valeurs (on se souvient que dans les années 1970, cette notion de l’IRA comme étant « l’étalon de valeur pour les catholiques » était forte, et se soldait par de violentes punitions.[5]) l’IRA ayant été assimilée dernièrement à des pratiques peu légales, comme le braquage de l’Ulster Bank, ou des traffics importants de drogue, souhaitait probablement redorer son image.
Lorsque je l’interroge sur ce qu’ont fait les sœurs McCartney, un de mes enquêtés, (catholique) me répond :
« Sûr, elles ont été très courageuses et tout ça, mais bon, maintenant elles ne doivent plus vivre les pauvres… A être sous protection constante, recevoir des menaces de mort.. D’ailleurs je sais pas si t’as remarqué mais on n’entend plus parler d’elles maintenant… »
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