
Etudiante en anthropologie, actuellement en Master Recherche, j’ai choisis pour terrain d’étude l’Irlande du Nord. J’ai pu effectuer un premier terrain en septembre 2002, à Belfast. Du jour où j’ai mis les pieds dans la capitale Nord-irlandaise j’en garde un mélange d’horreur et d’émotion face aux blessures profondes du corps et de l’esprit qui marquent partout les visages et les murs mêmes de la ville. Et cette phrase qui résonne encore dans ma tête : « Je déteste quand vous les « outsiders » (comprendre ici : les non-Nord-irlandais) venaient ici nous donner des leçons d’humanité. Vous ne comprendrez jamais ce qui se passe ici jusqu’au jour où vous saurez ce qu’est la haine… »
De ce qui m’avait amené là-bas précédemment je garde le souvenir de cette petite fille de 6 ans qui jouait sur la terrasse d’un pub irlandais bordelais et qui lorsque je lui avait demandé ce qu’elle faisait en France m’avait répondu « On est ici parce qu’à mon école on nous jetait des pierres… » J’ai alors voulu comprendre ce qui peut conduire des êtres humains à jeter des pierres sur des enfants de 6 ans.
As a student in Anthropology, presently doing my Masters Research, I chose as a fieldwork for my studies Northern Ireland. I could make a first fieldwork in september 2002, in Belfast. From the day I first stepped in the Northern-Irish capital, I keep memory of horror and emotion facing the deep wounds that cover the bodies and spirits and mark the faces and the walls of the city. And I can still hear the sentence that echos in my head : " I hate when you, the outsiders, come here to give us humanity lessons. You'll never understand what's happening here until you know what hatred is."
From what brought me there in the first place I keep the memory of this little girl, six years old, playing on the terrasse of an Irish pub in Bordeaux. When I asked her what she was doing here, in France, she said : "We're here because at my school they throw stones at me."
On assiste aujourd’hui en Irlande du Nord à l’expression d’un long conflit civil d’une violence physique, psychologique et morale rare et qui plante ses racines dans ce noir héritage de la colonisation et la quasi-impossibilité d’une issue politique. L’accord de paix du Vendredi Saint en 1998[1] constitue une avance considérable dans la situation nord-irlandaise mais cependant, la paix ne s’instaure pas par traité, surtout dans une société déchirée par des décennies de guerre civile larvée, cachée pudiquement derrière l’expression de « troubles ». Il est donc pour l’instant hors de question de parler de paix en Irlande du Nord et encore moins de réconciliation, selon l’expression d’Elise Féron « la réconciliation, processus d’intériorisation sociale de la paix, qui se mesure sur le temps long [et] qui neutralise les mémoires conflictuelles et les vieilles rancunes. »[2]
Le conflit a fait à ce jour plus de trois mille morts et trente-six mille blessés, cela sans compter les dégâts « collatéraux » (selon l'expression militaire aujourd'hui galvaudée) et qui sont de l'ordre psychologiques : important taux de suicide et de maladies mentales, mais aussi, autres morts violentes non élucidées et pour lesquelles on n’a pu établir un lien de cause à effet directe avec le conflit malgré une forte suspicion. Ce qui, en chiffres absolus, peut ne pas paraître considérable, correspond toutefois à un taux de violence élevé pour une population de 1,5 million d'habitants. Il est aussi frappant de constater qu’un conflit a pu se perpétuer pendant un peu plus de 80 ans[3] sur un territoire aussi petit et compte tenu de la relative proximité culturelle des deux parties.
We witness today in Northern Ireland the expression of a very long civil conflict of a rare physical, psychologic and moral violence and that plants it's roots in this dark heritage of colonisation and the near impossibility of a political way out. The Good Friday agreement in 1998[1] constitute a considerable advancement in the northern-irish situation but, peace can't be founded on a treaty, especially in a society torn apart by decades of a latent civil war modestly hidden behind the expression "troubles". It's now out of the question to consider Northern Ireland in peace, and even less to talk about reconciliation. According to Elise Féron "reconciliation, the social interiorisation of the process of peace, that can only be measured on a long time, and neutralize conflictual memories and the old grudges."[2]
Until today the conflict made more than three thousand dead and thirty six thousand injured this whitout counting the "colateral damages" ( according to the misused militarian expression) and that can be of a psychologic type : important suicide rate and mental illness, but other violent deaths non elucidated and that couldn't be officialy related to the conflict even though there was a strong suspicion. What in absolute numbers can seem unsignificant correspond nevertheless to a high violence rate for a population of 1,5 million. It's also striking to observe that this conflict as been going on for more than 80 years on such a small territory and considering the relative cultural proximity of the two parties.
[1] NORTHERN IRELAND OFFICE (NIO), 1998, The Agreement, Text of the agreeement reached in the Multy-Party Negociations on Northern Ireland, (10 avril 1998), (Cmnd 3883), [Good Friday Agreement, Belfast Agreement]. Belfast : HMSO.
[2] FERON Elise, hiver 2000,“Irlande du Nord : une réconciliation incertaine”, Cultures et conflits, N° 40. p 2.
[3] Je parle ici de la guerre civile en Irlande du Nord qui par conséquent n’a pu commencer qu’à la création de cette province britannique à la suite de la scission de l’île et de la déclaration d’indépendance effective de la République d’Irlande, au sud en 1922.
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